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Une ferme est marquée par les ancêtres et traversée par les histoires de ceux qui l’ont habitée.

 

 

 

Une ferme est un lieu marqué par les ancêtres. Ils y ont travaillé, ils y ont passé des dimanches, des lundis, y sont morts, nés parfois, s’y sont aimés, disputés, embrassés, déchirés.

Une ferme est traversée par les histoires qu’ils ont partagé, celles qu’ils se sont racontés sans écouter, celles qu’ils n’ont pas eu le temps de terminer. Ces histoires m’ont toujours influencé. Elles m’ont soit donné envie de m’éloigner de ce lieu, ou de m’en rapprocher. La famille joue un rôle essentiel en agriculture et choisir d’y faire sa vie, c’est composer aussi avec son histoire familiale.

Si comme le dit Philippe Colin dans une interview sur France Inter, « nous avons presque tous des racines dans ce monde-là », nous n’en faisons pas tous la même chose. Mon rapport à ma famille, et à mes ancêtres a beaucoup évolué au fil des années. Mes relations familiales ont pris une autre couleur. Un autre filtre les recouvre.

Avant de revenir vivre à la ferme, j’ai souvent eu besoin de m’en éloigner. Je voulais me détacher de ce carcan, qui peut parfois être étouffant, marqué par des histoires qui ne correspondaient pas à celles que je voulais me raconter. Une histoire de travail et de sacrifices. Alors j’ai pris la route, j’ai cherché ailleurs des ressources. Je me suis construite loin de ma famille, loin d’un point de vue géographique. Cette  distance relative était suffisante pour avoir l’impression de ne pas être influencée par mes origines rurales et agricoles qui pourtant me collaient à la peau.

A cette époque, je n’avais pas prévu de vivre à la campagne, encore moins à la ferme. Je vivais en ville.  Je n’avais pas ma place dans la ferme d’un point de vue professionnel. J’avais naturellement choisi de travailler dans un autre milieu, éloigné de l’agriculture. A la mort de mon père, un millier d’émotions m’a traversé. Parmi elles, j’ai eu le sentiment d’une réparation. Recevoir mon histoire familiale me réparait. J’étais soudain membre à part entière de ma famille.

De ces histoires qui traversent cette ferme, où je vis désormais, j’ai décidé de m’inspirer. J’essaie de puiser de la force pour mon travail, au quotidien.

Contre toute attente, je me suis rapprochée de mes origines. Une source dont parfois je m’étais éloignée, dont aujourd’hui je n’ai de cesse de m’approcher.  J’adore méditer. Je le fais très régulièrement. Au cours de mes méditations je me connecte à mes ancêtres. Je les sollicite, leur demande de l’aide. Ne peuvent-ils pas m’entendre de là où ils sont ? Musique douce, bols tibétains, lumière tamisée, je les invite à mes dîners méditatifs.

Grâce à la méditation et au travail intérieur, je cultive des parcelles de paix. (ce qui dans mon travail d’agricultrice est essentiel !) Je sens en moi des forces nouvelles. Par-delà les nuages, je cultive des relations saines avec mes ancêtres. Cela améliore aussi celles que je construis avec mes enfants. Cela nous fait du bien à tous, et cela nous permet aussi de nous raconter de nouvelles histoires !