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Inspirés de la vie d’Ilse Garnier, les récits d’« Espace des songes » sont à la fois réels et imaginaires. Ils racontent l’histoire d’une femme-poète venue d’Allemagne à Paris dans les années cinquante.
Une seconde partie restituent les entretiens réalisés avec Ilse et Pierre Garnier chez eux à Saisseval, entre janvier et juin 2008.

Espace des songes, Encrage, 2008
Texte et entretiens : Eléonore Lelong
Photographies : Catherine Duverger

Sommaire

Déjà trois étés
Le visa pour la France
Ilse à Paris
Ilse et la concierge
Sie kann aber sie muss auch
Ilse à la Sorbonne
Ilse et Pierre
Le cercle poétique
Mairie des Lilas
Alles ist richtig
Ilse et le tract
Dialogue
Meine liebe Kinder
Encore une lettre d’Amérique du Sud
Lettre à Mutti
Amiens-Marseille 1962

Les récits et les photographies d’Espace des songes s’inspirent de la vie du couple de poètes Ilse et Pierre Garnier.

La jeune Ilse Göttel arrive de Kaiserslautern à Paris où elle fera la rencontre de Pierre Garnier. Ensemble ils écrivent des poèmes et créent un courant poétique le spatialisme.

Cet ouvrage est une expérience photographique et littéraire partagé avec la photographe Catherine Duverger. Les souvenirs d’Ilse et Pierre Garnier se mêlent à notre imaginaire et permettent à la réalité à la fiction de se rencontrer.

Originaire de Kaiserslautern, ville ouest-allemande plusieurs fois bombardée au cours de l’année 1944, la jeune Ilse Göttel vient étudier à Paris en 1950. Elle y fera la rencontre de Pierre.

Déjà trois étés

Déjà trois étés que je n’ai pu rester assise sur le banc du petit parc situé à l’angle de la rue. Déjà trois étés que je dois mettre à l’ombre mes désirs et mes envies. L’autre jour lorsque ma cousine Hanna était à la maison, je ne pouvais m’empêcher de la dévisager comme pour percer derrière ses yeux, sa robe, cette apparente tranquillité. Je ne pensais pas que sa compagnie m’ennuierait autant. Comme si se soumettre à toute cette mascarade ne lui suffisait pas. Hanna semblait incarner avec une dévotion quasi religieuse la moralité voulue par sa mère.

Ma tante détaillait avec un entrain obscène, les qualités de sa fille, et en particulier sa dextérité à manier l’aiguille. Je l’imaginais dans la posture de la couturière suivre avec régularité le modèle de la croix dessinée sur le tissu. Sans doute espère-t-elle conjurer le mauvais sort qui depuis trois années déjà, s’est abattu sur notre peuple. Moi je n’y vois rien d’autre que son habilité à coudre les fils de son enchaînement prochain à son mari parti au front. Depuis cet engagement conclu à la hâte, elle s’évertue à coudre dans la lumière insolente de nos après-midis inutiles, les initiales de leurs familles unies dans la peur et l’angoisse juste avant le début des batailles. Une déclaration d’amour qui a précédé la déclaration de guerre. Je remercie intimement de ne pas avoir voulu en faire autant avec moi.

Dass Gott uns helfen kann, gémit ma tante. Que Dieu puisse nous venir en aide, une invocation qui a imprimé définitivement sur le visage d’Hanna, un sourire béat. Elle, qui de quatre ans mon Annie, avait excité ma cupidité, le jour où son amant lui avait offert ce bouquet de fleurs, dont elle avait alors porté effrontément une fleur piquée sur une de ses mèches blondes.

En 1950, Ilse vient étudier à la Sorbonne. Elle prévoit d’y rester une année avant de rentrer en Allemagne pour passer son diplôme de fin d’études : « Kaiserslautern était sous occupation. Il fallait d’abord que j’obtienne une autorisation auprès de l’officier français de ma ville natale, on n’avait évidemment pas de visa très facilement ».

Le visa pour la France

Maman est revenue avec mon visa aujourd’hui. Elle l’a déposé sur le guéridon de l’entrée. Je l’ai vu dès que j’ai passé la porte. Il éclairait la dentelle ronde du socle. Comme tous les courriers qui me sont destinés, il ébranle la douceur de notre intimité, celle qui s’est si singulièrement infiltrée dans les plissures des tissus, les interstices des meubles et des planchers de la maison.

Comme je lissais mes corsages, mes cheveux et mes jupes, j’ai lissé mes pensées pour ne laisser apparaître aucun pli. Mutti m’a appris des gestes de survie, des postures. Je sais faire la soupe avec un maigre morceau de viande et des pommes de terre burinées, la surveiller sur le poêle et fendre de la manger avec satisfaction, feindre l’inquiétude aussi, l’envie et le désir de crier la difficulté à me tenir droite sur cette terre qui tremble.

Nos sentiments, pourtant si aiguisés en temps de guerre, ont fondu dans des masses informes et agressives, et chacun s’est peu à peu effacé derrière son peuple, pour le soutenir, le haïr, ou le vénérer.

J’ai vécu mon adolescence dans cet épanchement nationaliste forcé, mais je pars, je pars étudier. Je rentrerai aussitôt après mes examens. Je pars rejoindre les bancs des facultés d’un ennemi qui n’est pas le mien, je vais traverser des frontières qui ne m’ont jamais paru aussi ténues.

Au cours de l’année 1950, Ilse loge dans le 15e arrondissement chez une de ses tantes qui habite à Paris depuis les années vingt et lui dit : « Au début tu logeras chez nous, après tu pourras te chercher une chambre ».

Ilse à Paris

Il est près de midi lorsque je décide de m’asseoir sur un banc dans ce parc rectangulaire de la rue Saint-Michel. Devant moi, dans les allées, sur les trottoirs, sur les pavés défilent les pas sautillants des Parisiennes libérées du joug autoritaire. Je suis le visage du peuple qui a occupé leurs rues et leurs quartiers. J’ai demandé à un petit homme courbé de m’indiquer la station de métro Lilas et dans ses yeux, j’ai vu défiler une rangée de bottes allemandes. Je suis l’ange descendu d’un ciel assombri par des étoiles jaunes et des traversées de fumée noire.

J’ai rejoint d’un pas rapide la bouche de métro, le long du trajet, j’entendais les pétardes insolentes des militaires. J’ai descendu les marches à la hâte, avec l’impression laissée par un souvenir encore trop frais, de regagner un refuge six pieds sous terre qui me mettrait à l’abri de ces fantômes qui hantent les rues de la ville. Désormais je tâcherai de n’utiliser que quelques gestes pour ne plus évoquer par ma langue la crainte de l’ennemi.
Je suis Ilse Göttel, une étudiante venue à Paris avec dans ses valises, le peuple allemand, son armée, ses déclarations de guerre, ses offensives territoriales, le bruit des bottes sur les pavés, les réquisitions, les déclarations, les privations. Mes mots, mes intonations contredisent mes intentions.

Ilse était venue une première fois à Paris avec sa mère à Noël de l’année 1933.

« J’avais gardé un souvenir formidable de ces deux semaines chez ma tante. Elle nous avait emmené au théâtre, au restaurant, dans les grands magasins. Les grands magasins étaient pour moi, quelque chose d’assez fantastique. Dans un une ville de province, il n’y en avait pas, et encore moins dans une ville de province en ruine. C’est avec ce souvenir d’enfants que je suis arrivé à Paris. »

Ilse et la concierge

La concierge de mon immeuble est une petite femme ronde attentive, qui aurait pu faire partie des services de renseignement. Ses deux yeux perçants derrière le voile de sa petite porte vitrée, m’observe chaque fois que je traverse le hall. Ce hall, son mirador, sa tour de garde est le premier niveau de la surveillance. Une porte qui claque, un courant d’air, un tour de clé pressé, le pain glissé d’un escarpin suffisent à lui faire remonter une piste d’indices et à pousser le secret des vies qui s’agit d’un chacune des portes de l’immeuble.

J’ai poussé la porte de mon appartement, et j’ai trouvé sur le parquet une lettre de Mutti. Cette enveloppe envoyée quelques jours plutôt de Kaiserslautern à colorer les yeux de ma concierge de rouge ; ces signaux d’incompréhension et de colère, contenue, je les ai sentis se poser sur moi, lorsque j’ai traversé le hall. Ce matin, les gens parlaient de la dénazification en Allemagne. Aux images de chars, à la sécheresse de nos accents, des actes, des situations et des corps dont nous avons désormais des images, je n’ai que quelques substituts à proposer. Je suis une fille du peuple ennemi, j’ai traversé la frontière pour venir étudier, une fille qui préférerait être muette et n’avoir que ses yeux, son sourire.

Sie kann aber sie muss auch*

Assise sur ce banc, je pense à Mutti dans son appartement de Kaiserslautern. Dans sa lettre, Maman me dit que le ventre d’Hanna s’est arrondi. Pourtant elle continue à travailler dans une usine de textiles à la périphérie de la ville. Sie kann aber sie muss auch*, précise-t-elle. (…)

* Elle le peut mais elle le doit aussi.

Entretien réalisé avec Ilse et Pierre Garnier au cours de l’année 2008

Vous arrivez en France au cours de l’année 1950, avec l’idée d’y passer une année puis de rentrer en Allemagne…

Ilse Garnier : J’étais venue en France pour apprendre à parler couramment le français, découvrir les musées, les libraires parisiens, et je devais rentrer aussitôt en Allemagne pour passer mon examen d’État qui mettrait un terme à mes études.

Comment avez-vous vécu le fait de venir étudier dans un pays contre lequel quelques années plus tôt, celui dont vous êtes originaire était en guerre ?

C’était bien évidemment délicat. Il faut savoir que la région dont je suis originaire, le Palatinat, est frontalière de la France, et au XVIIe siècle sous Napoléon, cette région était française jusqu’au Rhin. Dans ma région natale, le sentiment était double. On avait gardé d’une part le souvenir de quelqu’un qui imposait mais savait aussi apporter des lois en avance sur les lois allemandes. Dans le Palatinat, avec la proximité de Paris, on portait aussi un regard positif sur la Révolution Française. Tout cela était ancré. Alors bien sûr il y avait eu des petits heurts comme c’est le cas à chaque fois dans les zones d’occupation mais le sentiment était plutôt positif.

Quels souvenirs gardez-vous de votre arrivée à Paris ?

Ma tante habitait dans le 15ème, un petit quartier très agréable. Je me souviens qu’elle est venue me chercher en taxi. Elle avait épousé un Russo-finlandais, parlait plusieurs langues, français, anglais, allemand, russe, et arrivait aussi à se débrouiller dans d’autres langues romanes. J’avais voyagé de nuit, par un train direct en provenance de Mayence, il n’y avait pas de changement à Kaiserslautern et je suis arrivée un dimanche matin, ma tante est arrivée en taxi et me dit, « tu n’es pas trop fatiguée ? Alors on va faire le marché ». J’ai tout de suite été immergée dans ce petit marché et j’ai le souvenir de ses marchands très accueillants qui nous interpellaient de leurs « bonjour madame, bonjour petite mademoiselle ».

A partir de 1962, vous dirigez avec Pierre la revue les Lettres éditée par André Silvaire qui choisit de consacrer plusieurs numéros à la poésie spatiale…

André Silvaire a confié à Pierre la direction de la revue pour une douzaine de numéros consacrés au spatialisme. Pierre a écrit plusieurs articles pour évoquer le spatialisme et proposer des pistes de réflexion. Mais en fait nous nous étions lancés plus tôt dans ces expérimentations, (…)

Pourquoi écrire vos premiers poèmes spatialistes en langue française ?

Pour mes poèmes spatialistes, au début c’est vrai, j’ai surtout choisi la langue française, ce n’était pas très difficile, car je choisis un mot ou une phrase simple et puis surtout, je trouvais que dans l’espace de la feuille, la langue française rendait beaucoup mieux que l’allemand, (…) en français, un son peut s’écrire de différentes façons et cela me donnait d’autres possibilités pour les poèmes.

Dans « Rythme et silence », certaines séries nous ont particulièrement intriguées, notamment celle appelée « Fenster Bilder » réalisée en 1983. Qu’est ce qui a nourri votre inspiration pour cette série de poèmes ?

C’est difficile à traduire, « image fenêtre », c’est-à-dire qu’il y a toute une période en peinture, dans la peinture romantique où des tableaux montrent une fenêtre et par la fenêtre on voit le dehors, cela permet au spectateur d’entrer pratiquement dans le tableau, de devenir présent dans le tableau.

Quelles œuvres littéraires ou poèmes vous ont le plus marqué dans l’enfance ?

Pierre Garnier : « La poule noire de grand-mère » (rires) je ne connais pas l’auteur, mais c’est la poule noire de grand-mère qui a joué le plus grand rôle pour moi quand j’avais cinq ans. On me l’a appris et c’est le premier poème que j’ai su par cœur.

Le premier qui vous a procuré l’émotion poétique ?

Oui c’est tout à fait exact. Et il m’a servi, ce poème, pas seulement à entrer en poésie mais aussi à entrer en contact avec les poules de chez la grand-mère, les oiseaux, de les voir différemment, et, au fond d’entrer en contact avec le monde. Un simple poème comme cela, un poème simpliste « La poule noire de grand-mère a douze petits poussins gris etc… » (rires) a fait entrer le petit gosse que j’étais en contact avec le monde entier. Je l’avais appris par cœur, peut-être même avec ma grand-mère. Et puis c’est resté dans ma mémoire.

Quelles autres lectures vous ont influencé ?

Il y a l’Internationale. On habitait rue Blin de Bourdon, c’est une rue qui donne sur ce qu’on appelait avant le boulevard Thiers, aujourd’hui boulevard des Fédérés. Toutes les manifestations de la gauche et du parti communiste des années 34, 35, 36 descendaient par-là, jusqu’à la Hotoie.

Quelle place accordez-vous à vos souvenirs dans vos poèmes ?

La question des souvenirs se pose toujours mais seulement en ce qui concerne la poésie « normale », c’est-à-dire que les poèmes spatiaux ne leur laissent pas de place. Il y a des souvenirs que je transforme en poésie. Ce que Goethe appelle « Dichtung und Wahrheit », « Poésie et vérité ».

Un rapport très particulier aux oiseaux et à la nature en général nourrit vos poèmes…

Oui et cela vient de mon enfance. J’ai toujours eu des relations avec les oiseaux, c’est une constante. Et puis aussi j’ai écrit pendant près de quinze ans dans le Journal des oiseaux du Monde. Je donnais souvent des poèmes que j’ai fini par rassembler dans mon livre, L’Ornithopoésie.

Rétrospectivement, comment évaluez-vous l’influence du contexte artistique des années soixante sur l’émergence du spatialisme ?

La rupture avait commencé aux Etats-Unis dans les années cinquante avec Jackson Pollock qui peignait au sol. Tout ce qui venait de New York était intéressant et puis tout ce qui venait de Londres après aussi. Il y avait là chez Pollock une rupture considérable. Pour moi c’est la rupture principale, on introduit le hasard, dirigé par la vue, par le regard. Il travaillait d’une façon qu’on retrouve après dans l’Op’Art, dans le Pop aussi et dans tout ce qui a suivi, dans les groupes français comme dans les groupes allemands et cela a duré tout le demi-siècle. Mais il faut tenir compte aussi, bien évidemment, bien avant 1960, des différents mouvements européens, l’expressionnisme en Allemagne, le futurisme en Russie et en Italie, le dadaïsme aussi. Et puis, tout de suite après la guerre en 45, du lettrisme à Paris et Isidore Isou qui pour moi a joué un rôle considérable dans la genèse de la poésie française de l’époque. On ne peut pas ne pas en tenir compte, tout comme du constructivisme soviétique qui a joué un rôle considérable en peinture et en arts plastiques. C’est impossible de détacher l’expérience du spatialisme de tous ces mouvements.

Qu’est ce qui a donné lieu à votre premier poème spatialiste ?

C’est grâce à Nicolas de Staël que j’ai fait mon premier poème visuel. J’ai ouvert un livre, je crois que c’était le livre des éditions Skira sur Nicolas de Staël, je ne sais plus ce que ça représentait.

Peut-on reconnaître une filiation entre la poésie spatiale et les Calligrammes d’Apollinaire ?

C’est une aberration souvent d’universitaire de confondre le poème figuré, le poème figuré qui a existé en Chine, en Perse, en Grèce, au Moyen Age, dans l’art carolingien ou chez les Baroques en Allemagne. Le poème figuré est un poème dessiné, comme le faisait Apollinaire dans ses Calligrammes. Par contre, l’origine claire du spatialisme, c’est le poème de Mallarmé, Un coup de dés jamais n’abolira le hasard mais tout ce qu’a fait Apollinaire n’a joué aucun rôle.

Vous avez eu envie de construire un mouvement poétique et au même moment vous vous éloignez du parti communiste que vous quittez en 1959.

Au fond ma rupture avec le parti n’était pas tellement politique, je savais ce qui se passait dans les pays de l’Est, j’y étais allé et je savais les difficultés posées par l’idéologie communiste, j’étais au courant ; je n’ignorais pas, ce que je n’ignore pas plus aujourd’hui d’ailleurs, ce sont les difficultés à faire passer un idéal, une idéologie, faire passer l’idéal communiste dans la tête des gens, c’est une tâche impossible.

Au début des années cinquante vous fréquentez le groupe de jeunes poètes autour d’Elsa Triolet et Louis Aragon, quels souvenirs gardez-vous de ces réunions ?

En 1950 ou 1952, je rentre en France, je vais à Paris, et automatiquement, je rejoins le premier groupe que je connais et qui m’attire politiquement « le groupe des jeunes poètes autour d’Elsa Triolet et d’Aragon ». Je n’ai de ce groupe que des bons souvenirs, c’était très agréable, il y avait Elsa qui commentait les poèmes que nous disions. C’était tous les jeunes de la poésie, Aragon souvent était là, et commentait aussi, parlait, ça se déroulait chaque samedi au Comité National des Écrivains.

En 1954, vous faîtes paraître un tract de « Défense de la poésie – à propos d’une poésie nationale », dans lequel vous critiquez notamment des vers de Louis Aragon. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette position que vous avez prise à l’époque ?

J’ai écrit ce tract et puis malheureusement Aragon m’en a voulu. Ça a pris des proportions démesurées et je m’en suis assez voulu d’avoir écrit ce texte. Je l’ai relu il y a deux ans, « La société des amis d’Aragon et d’Elsa Triolet » a fait paraître un dossier entier sur ce texte. En relisant la première partie du texte, on peut dire que c’est quand même un jeune con (rires) qui s’en prend à un grand poète.

Qu’est ce qui à l’époque a suscité en vous l’envie d’écrire ce tract et de vous positionner contre la poésie nationale ?

J’avais été invité en Allemagne de l’Est par le ministre de la culture J-R Becher, je le connaissais parce que j’ai fait mon diplôme d’études supérieures sur l’expressionnisme allemand ; durant six semaines, j’avais été de poète en poète, d’écrivain en écrivain, de peintre en peintre. A mon retour, Aragon lançait sa poésie nationale, alors pour moi « national », ça ne passait pas, c’était impossible, j’étais vraiment internationaliste, un internationaliste complet par tradition familiale d’ailleurs et par conviction personnelle. J’ai alors écrit ce tract contre la poésie nationale. Il y a eu des articles dans Match, dans l’Aurore, dans le Figaro. J’admirais Aragon, la première fois que je l’ai entendu, c’était à la Sorbonne fin 1945, début 1946, il était extrêmement brillant, très intelligent, très éclatant et puis il avait donc fait une soirée à la Sorbonne où j’étais allé et déjà il y avait chez Aragon cet engagement, je le savais très bien, j’avais lu « Les yeux d’Elsa », j’avais lu tous les poèmes de la guerre et de la résistance, je savais très bien qu’il était nationaliste, patriote. (…)

Le livre a bénéficié du soutien de la région Picardie dans le cadre de l’appel à projets « 2008, année Pierre Garnier » et de la Direction régionale de la Jeunesse et des Sports dans le cadre du dispositif « Envie d’agir-Défi Jeunes ».